Les témoignages

« Un phare, un point de repère dans la vie »

Je me présente je m’appelle Barbara, j’ai 28ans et je suis une enfant de l’Abri.

J’ai passé toute mon enfance ici au sein de l’Abri Maternel. J’ai connu toutes les sections enfants : de la crèche au jardin d’enfants ; et je me souviens de l’Abri tel qu’il était avec son jardin, ses arbres et son personnel.

Je ne remercierai jamais assez Madame Fabre, Mademoiselle Véronique de Saint Marc et toutes les personnes de la crèche, le personnel du ménage, les éducatrices qui ont toujours été là pour moi. Aujourd’hui encore, lorsque je cherche une réponse à mes questions, je viens encore à l’Abri.

C’est un phare, un point de repère dans la vie de toutes les personnes qui se sentent perdues, désorientées. Nous avons tous besoin d’un coup de main, d’une aide pour avancer.

Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui être maman (et autres) est encore plus difficile que jamais ; et qu’il est bon de savoir qu’il existe un lieu où nous pouvons nous retrouver.

J’espère qu’il y aura toujours des personnes comme celles qui m’ont toujours entourée pour permettre aux enfants de grandir, de connaître certaines valeurs et de voir qu’il n’y a pas que du négatif dans la vie.

Je suis fière de pouvoir vous dire : « Je suis une enfant de l’abri ».

A l’Abri un jour, à l’Abri pour toujours.

Merci à vous,

Barbara

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« Une institution marseillaise, un personnel remarquable. »

Même pour Marseille, même pour ces années 70 où personne n’envisageait encore un réchauffement climatique… en ce jour de juillet le soleil était écrasant. Une chaleur d’autant plus incroyable à mes yeux d’enfant que, deux mois auparavant, j’habitais encore Paris, ma ville natale. J’y « vivais » avec Maman, mon petit frère et « mon père ». Trop de coups, trop d’alcool, trop de terreur. Et depuis trop longtemps.

Tout ce printemps-là, Maman nous avait préparés au Grand départ, organisé dans un secret absolu. Courageusement, fuir mon père, fuir Paris, rejoindre Marseille où ma grand-mère maternelle nous proposait un havre de paix, une nouvelle vie. Jour « J » : le TGV n’existe pas, 12 heures de rails, avec un arrêt à chaque gare du parcours : une épopée pour des enfants de 5 et 3 ans.

Mamie a les yeux bleus. Mais Maman a épousé « un Noir ». Mon frère et moi sommes « café au lait », comme on disait à l’époque. Mamie le vit comme une déchéance honteuse. Ce fameux jour de juillet, installée dans le jardin, elle me demande de lui apporter ses lunettes, restées à l’étage. En descendant l’escalier, je ne résiste pas à l’envie de les essayer, mais sans pouvoir éviter l’inévitable : elles me glissent du nez et chutent au sol. La boule au ventre, j’avance à reculons vers le bosquet où la famille déguste le Pastis de midi, au son des cigales. Découvrant les loupes fêlées, Mamie sort de ses gonds. C’en est trop. Je dois quitter cette maison. Sur le champ. Et Maman avec. Mon frère, lui, pourra y rester quelques temps car… « sa peau est plus claire ». Encore en pyjama, j’agrippe la main de ma mère qui gravit la petite colline en surplomb pour y cacher son chagrin et essayer de réfléchir. Où aller ? Que faire ? Nous ne connaissons personne à Marseille et Maman attend une réponse pour un travail à l’Hôpital d’Aubagne.

On finit par nous appeler un taxi… A bord, Maman n’a d’autre choix que la vérité. « Madame, je connais un endroit où vous pourrez peut-être vous réfugier quelques temps, ça s’appelle l’Abri maternel, je vous y conduis ». Le chauffeur nous dépose dans une vaste cour… Même si les larmes brouillent ma vue et malgré l’éblouissement du soleil à son zénith, la majesté du lieu m’interpelle. De vieilles pierres, des grands arbres, du gravier, un double escalier extérieur conduisant au bureau de la Directrice. Nous le franchissons et j’assiste à l’entretien. Une chambre est disponible pour nous abriter. Il faudra juste trouver une nourrice quand j’atteindrai mes 6 ans… c’est-à-dire le mois prochain (NDLR : l’Abri n’accueillant pas les enfants au-delà de cet âge couperet).

Pourtant, à partir de ce jour, l’Abri veillera longtemps sur la destinée de notre famille. Maman a fini par obtenir le logement social où, seule, elle nous a élevés. Frappée par la maladie, elle fut déclarée invalide à seulement 24 ans. De rémissions en rechutes, l’Abri maternel et son personnel a toujours répondu présent pour identifier des solutions à chaque hospitalisation de ma mère, parfois plusieurs mois. Mme ALEPEE, assistante sociale, Mme PEREZ, faisaient en sorte de ne jamais nous séparer : mon frère et moi étions placés dans des structures adaptées, à Mandelieu (06) le plus souvent, où nous poursuivions notre scolarité. Aucun Noël ne se passa sans que nous soyons invités à la fête organisée par l’Abri, où un cadeau nous attendait. La prescription m’autorise à évoquer aussi les week-ends à la campagne que m’offrait de temps à autre la très intimidante Mlle de SAINT-MARC, Directrice historique de l’Abri. D’inoubliables moments d’évasion au contact de la nature et d’un autre milieu que le nôtre. Au final, je dirais que le dévouement bénévole de cette équipe m’a imposé une force d’espérance. Un « devoir de résilience » a comme stimulé ma combativité naturelle… Travailler dur à l’école, décrocher une mention au bac, réussir mes études, surmonter ma timidité intrinsèque et, au long de ma vie, oser me lancer des défis : géographiques, professionnels et personnels.

Je suis heureuse que mon lien avec l’Abri ne se soit jamais rompu. Au fil des ans, je crois que « Mademoiselle » (c’est ainsi que je l’appelle aujourd’hui encore) a pris notre petite famille en affection. Fidèlement présente aux obsèques de Maman, en 2001, elle est pour toujours un membre de ma famille de cœur. Aujourd’hui, je ne peux qu’être émue et admirative en pensant aux centaines d’enfants et de mamans qui, de décennies en décennies, ont été soutenus par le travail efficace et qualitatif de cette chaleureuse institution marseillaise.

Avec ma gratitude éternelle.

Carole PLACIDOUX

« Je ne vous oublierai jamais »

Je suis actuellement en Arménie pour la Francophonie. Et je regrette profondément de ne pas être présente ce soir (soirée du centenaire). Je n’ai pas assez de mots pour remercier vraiment du fond du cœur

Madame Véronique de Saint Marc

Madame Christine de Sait Marc

Et toute leur équipe.

En 2002/2003 j’étais dans cette maison d’accueil avec mon fils de 2 ans. J’étais dans cette ville d’accueil qu’est Marseille. J’étais dans ce pays d’accueil qu’est la France. Il m’arrivait souvent l’envie de pleurer et de me demander « Que sera ma vie ? ».

Aujourd’hui :

mon fil est universitaire

j’ai mon appartement

je suis vice-présidente de la chambre de commerce franco-arménienne

je fais le métier de me rêves d’enfant : créatrice de mode.

Je voulais simplement dire à celles et ceux qui sont hébergés ici, aujourd’hui, ne soyez pas désespérés. Prenez toute la force, prenez toute l’énergie, dans le soutien, le dévouement, l’amour de Mesdames de Saint Marc et leur équipe.

Merci. Merci pour tout ce que je vous dois.

Je ne vous oublierai jamais.

Je vous aime.

Naira SARGSYAN